Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : «Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.
«Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret; ton Père voit ce que tu fais en secret : il te le revaudra.
«Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle : quand ils font leurs prières, ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et les carrefours pour bien se montrer aux hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret; ton Père voit ce que tu fais en secret : il te le revaudra.

Le mot carême est un mot qui veut dire « quarante ». Il est question des 40 ans du peuple hébreu au désert pour se libérer de leur mentalité d’esclave en Égypte. Il s’agit des 40 jours au désert de Jésus après son baptême avant de commencer sa vie publique.
Chez les premiers chrétiens, le désert devient un temps d’intériorité et de discernement, et non plus un lieu de privation et d’épreuves. Il s’agit d’une longue retraite intensive que doivent suivre les futurs baptisés de la veillée pascale. Le mercredi des cendres est le jour officiel d’inscriptions des catéchumènes et la retraite préparatoire se vit tout le long du carême.
Le carême : un temps pour se préoccuper de sa vie intérieure… ce qui ne peut pas se vivre sans cultiver en nous la préoccupation de ceux qui manquent du nécessaire pour être heureux. Dans quel esprit agir? Dans le secret : « Ton Père voit ce que tu fais dans le secret, il te le revaudra ». L’évangile d’aujourd’hui donne trois pistes : l’aumône, la prière et le jeûne.
De nos jours, pour suivre un régime alimentaire, on nous enseigne d’éviter les 4 « P » : pâte, patate, pain, pâtisserie. Dans mon cas, il y a un 5e « P » : le Pepsi. Alors aujourd’hui, parlons des 4 « P » du carême : partage, prière, pardon et pénitence.
La prière ne consiste pas qu’à passer des heures à genoux dans une église. On peut prier à la maison, en auto, au travail. La prière du carême pour moi consiste à développer l’habitude de faire des clins d’oeil au bon Dieu tout au long de la journée : je me dirige à tel endroit, je confie à Dieu l’espace d’une pensée les gens que j’y rencontrerai. Je me rends à une réunion, je la confie à Dieu, et à la fin je remercie Dieu pour ce qui s’est passé. Je pense à telle personne, je la présente à Dieu, etc.
Le partage dont il est question consiste à faire l’aumône, mais surtout à partager son temps, ses talents, sa personne pour les autres.
Le pardon : profiter du carême pour donner des pardons,
pour demander des pardons ou simplement pour demander
un pardon à Dieu pour ceux qui ne trouvent pas la force de
pardonner ou de demander un pardon… demander pardon
aussi au nom de la communauté, car je crois autant à la
nécessité de la sainteté communautaire pour témoigner Dieu
que de la sainteté personnelle de chaque individu qui forme
la communauté.
La pénitence (un mot démodé qui veut dire jeûne, privation, sacrifice) jeûner, au sens spirituel, consiste à provoquer un manque volontaire de nourriture pour nous permettre de vérifier si nous avons autant faim de Dieu dans nos vies que lorsqu’on pense à toutes sortes de bonnes choses à manger quand nous avons faim.
Le jeûne. À cela, ajoutons ces quelques mots du prophète Isaïe : « le jeûne que j’aime, dit Dieu, consiste à dénouer les liens de la méchanceté, libérer les esclaves sous un fardeau, partager son pain avec l’affamé, héberger les pauvres sans-abri, couvrir qui est nu. »
la bonté. St-Pierre Chrysologue ajoute : « celui qui veut bénéficier de la bonté de Dieu doit pratiquer la bonté. La prière et le jeûne ne portent pas de fruits s’ils ne sont pas arrosés par la 47 miséricorde… ce que tu ne donnes pas à autrui de toi-même, tu ne l’auras pas pour toi-même… » ce qui me donne à penser que faire carême aujourd’hui, c’est peut-être simplement garder sa bonne humeur, semer de l’espérance, fuir la morosité et le défaitiste. À bas les faces de carême.
La période du carême est un teEt tout ceci pendant quarante jours de marche pour arriver avec le Christ au pays de la Résurrection.
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Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.