Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre. — Ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. — Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’Ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : «Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire.»
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant : «Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.»

Nous venons d’entendre les premières lignes de l’évangile de St-Jean dans lesquelles il raconte à sa façon la venue du Messie dans notre humanité : Jean utilise la riche symbolique de la lumière qui entre dans le monde pour en chasser les ténèbres. Ce texte nous enseigne que nous avons deux vies qui se fusionnent l’une dans l’autre : celle de la terre avec une famille charnelle et celle du ciel avec Jésus comme sauveur personnel et Marie comme mère et modèle à imiter.
Ce texte du matin de Noël revêt pour nous, gens du Québec,
une autre richesse spirituelle : c’est le texte qu’a utilisé
Jacques Cartier le 10 août 1534 quand il est entré en
Nouvelle-France. La traversée depuis St-Malo fut des plus
pénibles. Plusieurs membres de son équipage étaient atteints
du scorbut et le moral de tous était des plus pathétiques.
Alors Jacques Cartier a accompli un rituel en trois temps
pour consacrer ce Nouveau Monde à Dieu : il commence par
planter une croix sur la terre ferme (Gaspé), ensuite il
baptise le fleuve du nom du saint du jour (St-Laurent) puis
il lit le texte biblique du prologue de Jean : la lumière entre
dans la Nouvelle-France…
Et ce matin, nous avons sous les yeux deux Églises qui s’unissent l’une à l’autre pour louer Dieu dans une prière de reconnaissance et d’Action de grâce. Il y a l’Église de Bethléem et l’église de la paroisse Saints-Apôtres.
L’Église de Bethléem, c’est une jeune famille : une femme et un homme penché avec tendresse sur un nouveau-né dans une mangeoire : Marie et Joseph qui méditent leurs vies bousculées des derniers mois : l’annonce d’une mission impossible, la visite à Élisabeth, l’ordonnance impériale, le pénible voyage et l’abri de fortune dans une grotte-étable. Malgré tout, ils reconnaissent la présence bienveillante de Dieu. L’enfant dort, sourit, pleure, boit et se rendort. Une paix profonde règne dans les coeurs.
L’Église de Bethléem, ce sont aussi des bergers, ces pauvres méprisés par les autorités de la synagogue, résignées dans leur statut de « marginaux » qui s’empressent d’aller offrir au nouveau-né leurs plus belles brebis (notons qu’ils donnent de leur nécessaire pour vivre).
L’église de Bethléem, ce sont ces savants-religieux, les mages, qui se mettent en route pour offrir leurs cadeaux… ce qui va stresser les autorités civiles et religieuses de Jérusalem.
Commémoration des mages venus adorer le Christ à BethleemPendant que César Auguste recense la terre, pendant que le roi Hérode assassine des enfants innocents, l’espoir luit comme un brin de paille dans une étable : désarmé, sans force, sans argent et sans pouvoir, totalement dépendant de la nature humaine.
L’Église de Bethléem, c’est le levain jeté dans la pâte qui fera lever le pain…
Ce matin, l’Église de Bethléem se fusionne à l’Église des Saints-Apôtres. L’Église des Saints-Apôtres, ce sont ces 3000 familles de notre communauté toutes désireuses de contribuer au bonheur les uns des autres. Ce sont ces mères qui se dévouent dans l’héroïsme quotidien des jours sans histoire, ces pères qui s’usent au-delà de leurs capacités physiques, ces enfants qui peu à peu apprennent à devenir adultes dans le don de soi qui crée le bonheur.
L’Église des Saints-Apôtres, ce sont toutes ces personnes qui veulent en ce temps de Noël ouvrir leur coeur à Dieu pour le laisser nous imprégner de sa lumière. Pour cela, il nous faut apprendre de l’Église de Bethléem :
1- Le silence : Faire taire les bruits intérieurs de notre coeur pour mieux écouter les autres et saisir ce qui les habite vraiment. Dans l’Église de Bethléem, il n’y a pas de gens nerveux, revêches ou amers parce dans la complicité créée par la communion silencieuse, on a appris à s’aimer vraiment sans intérêt personnel.
2- La contemplation : Regarder longtemps les évènements vécus avec son coeur, ce qui conduit à l’émerveillement et la reconnaissance.
3- La simplicité : Ne pas compliquer ce qui est simple et simplifier ce qui est compliqué. Marie et Joseph ne s’enorgueillissent pas d’être les parents du Messie. Ils rivalisent constamment de bonté et d’attention l’un pour l’autre. Ils se chargent des plus humbles occupations du quotidien pour éviter à l’autre un surplus de fatigue. La simplicité conduit à la générosité et au respect de l’autre.
Joyeux Noël à tous !
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Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre. (2) Star free wallpaper download (3) Orthodox Church in America