Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.
Mt 16, 21-27
Pierre avait dit à Jésus: «Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant.» À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches: «Dieu t’en garde, Seigneur! cela ne t’arrivera pas.» Mais lui, se retournant, dit à Pierre: «Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.»
Alors Jésus dit à ses disciples: «Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paye de sa vie? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père; alors il rendra à chacun selon sa conduite.»

Pierre a reconnu au nom des apôtres que Jésus est vraiment
l’envoyé du Père, ce qui incite Jésus à leur confier le sens de
sa mission et que cela se vivra par le passage sur la croix.
C’est alors que Pierre repousse l’idée de la souffrance : Jésus
a trop de pouvoir pour se laisser maltraiter par les autorités.
Reconnaissons que notre cheminement est celui de Pierre : on a peur de souffrir, on repousse la croix de nos vies. Toutefois, il faut savoir que le langage de la croix n’est pas celui de la souffrance masochiste, mais celui des dépassements dans la fidélité à nos engagements à la suite du Christ… ce qui se vit mieux en communauté.
Un chrétien isolé est un chrétien en danger. Il faut pour travailler à l’oeuvre de Dieu savoir faire communauté. Seul, ça va plus vite, mais en communauté, ça va plus loin. Dans une communauté en marche, il y a toujours ceux qui courent en avant puis ceux qui trainent le pas en arrière parce qu’ils sont blessés, essoufflés ou désorientés. Semblerait-il que dans l’armée, on fait toujours marcher les plus faibles en avant… comme ça on est certain que tout le monde reste ensemble et l’entraide devient naturelle.
Se mettre en marche, c’est quitter ses sécurités et ses acquis. Ça demande de la confiance et de l’abandon. C’est arrêter d’être consommateur pour devenir missionnaire. C’est vouloir surmonter les obstacles…
Ceci me rappelle un jeune de 24 ans qui m’a demandé avec un sourire méprisant : « Pensez-vous vraiment que je trouverai Dieu un jour? » Il venait de me dire qu’il ne croyait ni en Dieu ni au diable, que tout cela sortait de l’imagination des curés. Je lui ai répondu : « Non, tu ne le trouveras pas dans les dispositions intérieures que tu vis présentement, mais Lui saura bien te trouver et te faire prendre conscience que tu es important pour lui. »
Quelques mois plus tard, il revient me visiter la physionomie complètement différente. Les yeux brillants, il m’annonce qu’il est atteint d’un cancer agressif qui ne lui donne que quelques mois à vivre puis il me dit : « Ça pourrait être pire comme avoir 50 ans et vivre sans idéal, comme ne penser qu’à faire de l’argent, comme être alcooliqu
Quand j’ai appris à ma famille que j’avais ce cancer, mon père m’a spontanément pris dans ses bras et il s’est mis à pleurer à chaudes larmes. Pour la première fois de ma vie, j’ai senti à quel point il m’aime. Ma mère et mon frère ont eu la même réaction. Alors j’ai pensé que l’ultime malheur d’une vie est de la traverser sans amour. Et c’est là que j’ai compris que Dieu m’a trouvé et que je suis important pour Lui. »
Dieu ne nous appelle pas à nous épanouir (c’est-à-dire à écarter les contrariétés et les défis), mais à nous dépasser (c’est-à-dire à surmonter les contrariétés et les défis) et c’est quand on réussit à se dépasser qu’on parvient vraiment à s’épanouir. Qu’il en demeure ainsi pour chacun de nous. Le Christ n’a jamais promis un chemin de facilité, mais il garantit une arrivée à bon port.
Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;