Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.
Mt 15, 21-28
Jésus s’était retiré vers la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, criait: «Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David! Ma fille est tourmentée par un démon.» Mais il ne lui répondit rien. Les disciples s’approchèrent pour lui demander: «Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris!» Jésus répondit: «Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël.»
Mais elle vint se prosterner devant lui: «Seigneur, viens à mon secours!» Il répondit: «Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. - C’est vrai, Seigneur, reprit-elle; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.» Jésus répondit: «Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux!» Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.

Dans un premier regard, la page d’évangile qu’on vient de lire nous permet de constater deux réalités :
Cananéenne aux pieds du ChristUn regard plus profond nous permet de découvrir trois perles précieuses dans ce texte :
Il y a quelques années, j’accompagnais des futurs confirmés dans une retraite d’une journée chez les moines. En arrivant, le père-abbé est venu nous saluer puis il a demandé aux jeunes : « Pensez-vous que Dieu aime tout le monde? » Tous ont répondu par l’affirmative, mais le père-abbé a dit : « Non, Dieu n’aime pas tout le monde… parce que quand on dit aimer tout le monde, on affirme en même temps qu’on n’aime personne. Facile d’aimer les gens en Afrique ou en Asie qu’on ne voit jamais. Dieu n’aime pas tout le monde, il aime chaque personne dans un coeur à coeur personnel. »
Jésus ouvre le coeur de ses disciples en leur faisant prendre conscience que les bontés de Dieu ne sont pas exclusives au peuple juif. Toute personne a droit au salut. Le soleil se lève autant pour les pécheurs que pour les bons et si les bons étaient meilleurs, les mauvais seraient probablement moins pires.
L’espérance de la Cananéenne est insistante au point que les disciples interviennent pour elle.
Le plus grand moment pour un cancéreux n’est pas le matin où on lui certifie qu’il est complètement guéri. Non! C’est bien avant ça : c’est le jour au cours des mois précédents où au plus profond de son désespoir, le médecin lui fait miroiter la lueur d’une mince chance d’espoir avec l’arrivée d’un nouveau médicament.
Le plus grand moment pour un mineur emmuré vivant n’est pas sa sortie miraculeuse de la mine, sur une civière, entouré de l’équipe de sauveteurs, des secours médicaux, des journalistes et de la famille en pleurs. Non! Son plus grand moment alors qu’il est rendu à la limite de ses forces et qu’il a perdu tout espoir puis qu’apparaît une faible lueur, à peine plus grosse qu’une étincelle qu’il croit distinguer au bout du tunnel. Petite lueur bénie entre toutes. L’emmuré n’est pas certain, mais quels bonds prodigieux fait son coeur agité par l’effet dynamisant de son fol espoir. Oui, l’espoir fait vivre! L’espérance se communique et se vit en communauté, par et avec la communauté.
L’image de la Cananéenne nous enseigne que la foi est
toujours recherche et rarement solution. Elle est un
long cheminement souvent éprouvé par le silence de
Dieu. Et si Dieu se fait silence, c’est pour que les
humains deviennent Parole de Dieu les uns pour les
autres.
Il est toujours réconfortant devant un
événement qui nous dépasse de faire appel aux gens
en qui nous avons confiance. Il est important
également de soutenir les gens autour de nous qui
sont dans la détresse. Le soutien mutuel alimente la
persévérance, la confiance et la force de l’abandon
entre les mains de Dieu. Il aide à comprendre que la
vision de Dieu sur les événements de nos vies est plus
riche que notre propre regard, car Dieu voit l’invisible
alors que notre regard est parfois aveuglé par nos
émotions et nos sentiments.
L’heure de Dieu n’est pas
toujours la nôtre et elle arrive toujours au moment
opportun. Les semences doivent germer avant de
donner leurs fruits. Ayons confiance et disons : que
tout se passe selon ta volonté. D’aucuns ajoutent :
« Mais si ta volonté n’est pas la mienne, aide-moi à la
découvrir. Je voudrais bien être patient, mais tout de
suite ferait bien mon affaire. Amen. »
Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux