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Réflexion sur l'évangile du 10e dimanche ordinaire, A

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.

 



 

 

Mt 9, 9-13

Jésus, sortant de Capharnaüm, vit un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de publicain (collecteur d’impôts). Il lui dit: «Suis-moi.» L’homme se leva et le suivit. 

Comme Jésus était à table à la maison, voici que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples. Voyant cela, les pharisiens disaient aux disciples: « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs? » Jésus, qui avait entendu, déclara: «Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez apprendre ce que veut dire cette parole: C’est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs.»

 

10e dimanche ordinaire - A

photo de Gilles Baril


"C'est la miséricorde que je désire
et non les sacrifices"

 

Nous avons sous les yeux un évènement que Matthieu a dû mettre par écrit avec beaucoup d’émotion, car il s’agit de son appel à suivre le Christ. Cet épisode de sa vie est d’autant plus remarquable qu’il est révolutionnaire et qu’il bouleverse les consciences des autorités religieuses de l’époque.

Depuis toujours, on nous enseigne que nous devons nous purifier pour nous approcher du Dieu trois fois Saint. Pour cela, les Juifs ont mis en oeuvre un système fort compliqué d’ablutions et de lavages innombrables qui fait partie de différents rites de sacrifices à n’en plus finir. Il s’agit de purifier nos impuretés du coeur face à l’observance des commandements.

Les événements ont fait en sorte que les Juifs se distinguent en deux classes au niveau religieux : il y a les purs comme les docteurs de la loi et les pharisiens puis les impurs comme les publicains et les prostituées. Les publicains sont méprisés parce qu’ils collectent les impôts en faveur des occupants romains (c’est-à-dire des païens impurs), mais aussi en raison des méthodes douteuses des publicains pour percevoir ces taxes en faveur de l’ennemi de la société juive.

Or voilà que Jésus bouleverse le système en appelant Matthieu à sa suite. Il bouleverse la conscience de tous ces compatriotes fidèles à la loi de Moïse. Ce geste révolutionnaire, voire scandaleux, redonne une espérance de salut divin à Matthieu et à plusieurs publicains rejetés par la religion, mais il crée un profond malaise chez plusieurs disciples, particulièrement chez l’apôtre Pierre. Jésus se justifie en disant : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades ». Il ajoute encore : « C’est la miséricorde que je désire et non les sacrifices. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. »

Le Christ veut toujours donner une deuxième chance... et cela vaut aussi pour nous. Ce qui est important, ce n’est pas ce que nous avons fait dans le passé mais ce que nous ferons dans l’avenir.

Jésus accueille les pécheurs sans rien exiger d’eux au départ, car il sait que c’est seulement lorsqu’on se sait aimé et respecté qu’on commence à se changer soi-même. Regardons de plus près le vécu des apôtres avec le Christ. Dans ce groupe, il y a les pro-Romains et les anti-Romains. Il y a plusieurs écoles de pensée, parfois diamétralement opposées. Que fait Jésus? Il leur enseigne à se parler, à s’écouter les uns les autres. Écouter quelqu’un c’est commencer à le comprendre. Comprendre quelqu’un, c’est commencer à le respecter et respecter quelqu’un, c’est commencer à l’aimer. Voilà l’école de sagesse à laquelle nous sommes conviés.

Ce qui se vivait à l’époque de Jésus se vit encore de nos jours : des gens souffrent encore d’être isolés, de ne pas se sentir aimés. Encore aujourd’hui des pécheurs sont invités à travailler à la construction du royaume de Dieu.

Le groupe des apôtres ne formait pas une communauté en harmonie parfaire. Il y avait au milieu d’eux un pôle moteur qui est le Christ lui-même. Et c’est avec ses hommes parfois bien émotifs que Jésus a fondé l’Église. Et le plus beau est que tout se passe encore de la même façon. Que notre eucharistie nous donne le courage et le dynamisme nécessaire pour poursuivre l’oeuvre de Dieu qui nous est confiée malgré nos faiblesses et nos incompréhensions.

Le jugement dernier a lieu non pas à la fin de notre vie, mais chaque jour, dans des actions quotidiennes et fraternelles. Il révèle ce que nous faisons, ou ce que nous refusons de faire pour notre prochain dans le besoin.

C’est la miséricorde que je désire et non les sacrifices