Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.
Mt 3, 13-17
Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l'en empêcher et disait: «C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi!» Mais Jésus lui répondit: «Pour le moment, laisse-moi faire; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste.» Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j’ai mis tout mon amour.»

"Devenir une présence de Dieu"
Le pape Pie XI qui fut un grand pape dont le pontificat a été mis dans l’ombre par les deux grandes guerres mondiales du 20e siècle disait : « Le plus grand jour de ma vie n’est pas celui de mon élection à la papauté, mais celui de mon baptême, car c’est là que j’ai reçu en germes ma mission au service de Dieu et de l’Église ».
«Le baptême est le premier signe sacramentel de la tendresse personnelle de Dieu" qui fait de nous des « prêtres, prophètes et rois » selon la théologie de l’Église. Qu’est-ce à dire? Être prêtre est une invitation à la prière et a participer à la liturgie de l’Église. Prier pour ceux qu’on aime, prier face aux événements, prier pour trouver le courage des dépassements, prier pour rendre grâce… chaque personne reçoit la mission de la prière le jour de son baptême. Mentionnons que le prêtre (ou le presbyte) que je suis devenu le jour de mon ordination presbytérale a simplement la fonction de présider la prière de l’Église comme la présidence de l’enseignement de la Parole de Dieu et celle de la charité fraternelle.
Être prophète ne consiste pas à prédire l’avenir, mais à annoncer la Parole de Dieu, à l’enseigner et à la reconnaître dans l’agir quotidien. Notre mission de prophète fait de nous des catéchètes et des témoins de la Parole de Dieu.
Être roi, au sens biblique, consiste à porter le souci de la justice et de la paix autour de nous en faisant rayonner la charité fraternelle et en portant constamment le souci des gens en situation de souffrance.
Comme le dit St-Paul, le baptême fait de nous différents membres du corps du Christ. Dans un corps humain, chaque membre a sa fonction particulière et chaque membre est intimement relié aux autres. La preuve, cognez-vous le petit orteil et tout de suite les yeux vont versés des larmes et la bouche va parler sans qu’on l’ait prémédité. Cette solidarité du corps est le défi des baptisés au sein d’une même Église.
Être baptisé, vivre son baptême, c’est laisser l’Esprit faire son œuvre en nous parfois même à notre insu. Je pense à cette enfant que mon curé de stage pastoral à la fin des années 1970 avait accepté au baptême même si disait-il « seule la grand-mère fréquentait l’Église ». Cette petite fille est devenue religieuse.
Je pense encore à un confrère qui raconte qu’en mission il a eu connaissance d’un sorcier qui ne pouvait pas faire venir ses esprits pour guérir une grand-mère malade parce que dit-il en pointant une jeune mère avec son nouveau-né : « Cet enfant porte en lui un Esprit qui est plus fort que tous mes esprits ». L’enfant avait été baptisé la veille…
Le baptême est une plongée dans le mystère de Dieu. Ça prend toute une vie pour devenir un adulte accompli. Ça prend toute une vie pour devenir un(e) chrétien(ne) épanoui(e). Ça prend surtout la certitude intérieure que personne n’a été créé en cas de besoin. À chacun, chacune de nous, Dieu confie une mission de vie particulière que personne ne peut faire à notre place.