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Réflexion sur l'évangile du Dimanche de la Pentecôte, C

Par le Père Yvon-Michel Allard, s.v.d., directeur du Centre biblique des Missionnaires du Verbe Divin, Granby, QC, Canada.

 





Actes des Apôtres 2, 1-11 - Jean 14-15-16.23b-26

"Descendant alors avec eux, il se tint sur un plateau. Il y avait là une foule nombreuse de ses disciples et une grande multitude de gens qui, de toute la Judée et de Jérusalem et du littoral de Tyr et de Sidon, étaient venus pour l'entendre et se faire guérir de leurs maladies. Ceux que tourmentaient des esprits impurs étaient guéris, et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu'une force sortait de lui et les guérissait tous.  Et lui, levant les yeux sur ses disciples, disait : «Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Heureux êtes-vous, quand les hommes vous haïront, quand ils vous frapperont d'exclusion et qu'ils insulteront et proscriront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme. Réjouissez-vous ce jour-là et tressaillez d'allégresse, car voici que votre récompense sera grande dans le ciel. C'est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes. Mais malheur à vous, les riches! car vous avez votre consolation. Malheur à vous, qui êtes repus maintenant! car vous aurez faim. Malheur, vous qui riez maintenant! car vous connaîtrez le deuil et les larmes. Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous! C'est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes."

6e dimanche de la Pentecôte - C

photo du Père Allard


"Pauvres de vous qui mettez votre confiance dans vos richesses"

 

Le Christ «enseignait» à la foule et aux disciples. Il voulait les faire réfléchir sur les principales réalités de la vie : le pouvoir, le partage, le mariage, l’éducation, les traditions, le jour du Seigneur, les talents reçus, le bonheur… Dans son enseignement, il a beaucoup parlé de richesse et de pauvreté. À la suite du texte des béatitudes de S. Luc, c’est aujourd’hui une bonne occasion pour réfléchir sur nos réalités économiques. 

Lorsqu’on parle de richesse, il faut d’abord préciser que le Christ n’est pas contre les riches. Il s’invite chez Zachée (Lc 19,1), mange avec les publicains qui sont considérés comme des gens qui ont de l’argent (Lc 5,29), fait la fête chez Simon, le pharisien (Lc 7,36), est accusé d’être un ivrogne et un glouton (Lc 7,34), se laisse accompagner et aider financièrement par des femmes en moyens (Lc 8,3). Jésus n’est contre personne et il veut que tous profitent «d’une vie en abondance» (Jn 10,10). 

On imagine mal une malédiction dans le coeur de celui qui est venu pour sauver et non pour condamner (Jn 3,17). Dans le texte original de l’évangile d’aujourd’hui, il n'y a pas de condamnation mais seulement une sorte de constatation, de plainte: "Ah, quel malheur d'être riche!" "C'est triste pour vous les riches!" Vous risquez d’être fermés aux vraies valeurs, à celles qui «passent la ligne d’arrivée»! Ce danger de rater l’essentiel est exprimé par une sorte de cri de souffrance, un peu comme si nous disions : Quel dommage que celui-ci ou celle-ci soit fermé(e) aux promesses de l'Évangile ! 

Le Christ rappelle que la richesse est fragile. Il suffit d’un accident, une maladie, un revers politique, une perte d’emploi, une faillite, une guerre, une révolution pour qu’elle fonde comme neige au soleil. 

Ensuite, il nous dit que la richesse peut facilement changer notre cœur de chair en cœur de pierre. Il nous donne l’exemple de l’homme riche qui festoyait tous les jours et ne voyait pas le pauvre Lazare qui gisait à la porte de son palais (Lc 16,19). 

La richesse peut devenir un obstacle, un danger. Celui ou celle qui la possède se renferme souvent dans un état d’autosuffisance qui l’incite à se passer de Dieu et à ne voir dans les autres qu’un moyen d’augmenter les revenus et les placements en bourse. La richesse provoque ainsi un rassasiement illusoire et ceux qui la possèdent  risquent de n’avoir besoin ni de Dieu ni des autres. «Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur» (Lc 12,34).  

La richesse a de plus tendance à fausser le jugement de la personne qui met en elle sa confiance. 

J’écoutais dernièrement les discussions sur la hausse du salaire minimum chez nos voisins du sud. Les medias, qui détectent rapidement les incohérences des débats politiques, nous informaient que certains chefs d’entreprises avaient reçu jusqu’à cent millions de dollars en «bonus» pendant la période de Noël (en plus de leur salaire mirobolant). Par contre, bon nombres de ces chefs d’entreprises sont contre l’augmentation du salaire minimum ($ 5.25 l’heure aux USA, sans aucune augmentation depuis dix ans) car ça pourrait nuire à la petite et moyenne entreprise. Les représentants du Sénat, qui doivent se prononcer sur cette proposition d’augmenter ou non le salaire minimum, se sont votés à eux-mêmes des augmentations de plusieurs dizaines de milliers de dollars au cours des dix dernières années! Ces informations laissent perplexes et invitent à réfléchir sur nos incohérences et nos manques de jugements. 

Le Christ nous invite aujourd’hui à ne pas nous laisser piéger par un mirage, à ne pas agir comme ce riche fermier de l’évangile qui ne pensait qu’à construire des granges plus grandes et à augmenter ses profits. «Pauvre imbécile», lui dit Jésus, «cette nuit même tu vas mourir, et cet argent, qui l’aura?» (Lc 12,16) 

Le malheur des riches, selon le Seigneur, c'est qu'ils misent trop bas. Ils sont "trompés" par leur argent. Le Seigneur parle «d’argent trompeur». Que dirions-nous d'un parieur aux courses qui, systématiquement, mise sur une voiture qui ne pourra jamais franchir la ligne d'arrivée? Le compte en banque ne passera pas la "ligne d’arrivée" de notre rencontre avec Dieu au moment de la mort, à moins que nous ayons appris à partager avec ceux qui sont dans le besoin. 

On retrouve ici la leçon de la grande parabole du jugement dernier de S. Matthieu (Mt 25, 31...) : «Quand t’avons-nous vu avoir faim ou soif, être malade ou en prison ?» Et le Christ a répondu : «Chaque fois que vous l’avez fait au moindre de ces petits, qui sont mes frères et sœurs, c’est à moi que vous l’avez fait».