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Réflexion sur l'évangile du Septième dimanche du Temps de l'Église, A

Par le Père Yvon-Michel Allard, s.v.d., directeur du Centre biblique des Missionnaires du Verbe Divin, Granby, QC, Canada.

 



 

 

Mt 5, 38-48

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : «Vous avez appris qu'il a été dit : Oeil pour oeil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant; mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l'autre. Et si quelqu'un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu'un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande; ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter.

 «Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant?

«Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.»

 

Septième dimanche du Temps de l'Église - A

photo du Père Allard


«Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait»

 

Nous continuons aujourd’hui la lecture du Sermon sur la montagne et nous retrouvons deux des antithèses de la Loi nouvelle.

«Vous avez entendu qu'il a été dit». Cette manière de parler est d'une puissance extraordinaire, surtout quand on sait que la formule au passif est une tournure hébraïque impersonnelle, pour éviter l'emploi du nom de Dieu qu'on ne prononce jamais par respect pour le Seigneur. Cette formule signifie en fait : «Dieu a dit... Eh bien moi, je vous dis...»

«Vous avez entendu qu'il a été dit : <Oeil pour oeil, dent pour dent.> Eh bien moi, je vous dis... de ne pas riposter au méchant.» La «loi du talion» est très mal comprise de nos sensibilités modernes. Comment la loi de Moïse a-t-elle pu imposer une telle législation? Or, cette loi était déjà un immense progrès par rapport à l’instinct de vengeance si naturel à l'homme. Les lois de l'Ancien Orient (le code d'Hammourabi, par exemple, 18e s. av. J.-C.) tentaient de limiter ainsi les excès de la vengeance. Le mouvement naturel de celui qui a été agressé, c'est de «rendre davantage», comme le chante Lamek dans le livre de la Genèse : «Caïn a été vengé sept fois..., Lamek sera vengé soixante-dix fois sept fois..." (Genèse 4, 24). Jésus renversera ce chant barbare de Lamek dans sa réponse à Pierre qui lui demande combien de fois il faut pardonner à son frère : «non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois». (Matthieu 18, 21-22)

"...aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent."

La loi voulait donc limiter la violence, en stipulant qu'on ne devait faire subir à l'agresseur que le traitement strict qu'il avait lui-même fait subir à sa victime. Elle nous semble aujourd’hui complètement dépassée et faite pour une autre époque mais hélas, encore aujourd’hui, à maintes reprises, on continue d’appliquer la loi du talion (par exemple la peine de mort) et parfois même on retourne aux pratiques barbares du temps de Lamek. Pendant la deuxième guerre mondiale, dans les années 1944-45, si «les résistants», ceux qui luttaient contre la dictature hitlérienne tuaient un soldat allemand, les SS rassemblaient au hasard dix personnes innocentes et les fusillaient. Ce genre de représailles modernes dépassait de beaucoup la loi du talion et était très semblable aux représailles de Lamek dans le livre de la Genèse!

«Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et bien moi je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent». Jésus fait ici allusion à l'attitude courante de l'ensemble des gens, qui s'exprime dans plusieurs psaumes de «malédiction», où la haine du péché va jusqu'à justifier la guerre sainte et la haine de l’ennemi : «Si tu voulais, ô Dieu, tuer l'impie... N’ai-je pas en haine qui te hait, en dégoût, ceux qui se dressent contre toi ? Je les hais d'une haine parfaite, ce sont pour moi des ennemis.» (Ps 139, 19-21) Les manuscrits de Qumram contiennent cette injonction: «Tu haïras les fils des ténèbres.» Il s’agit ici non pas d’ennemis personnels, mais d’ennemis du groupe religieux auquel on appartient. Jésus condamne cette attitude de vengeance et demande au contraire d’aimer ses ennemis et de prier pour eux.

Pour comprendre l’invitation de pardonner à nos ennemis, il faut regarder le crucifix : Jésus, le fils du Père, a voulu du bien à ceux qui lui voulaient du mal. Il a souffert et il est mort pour ceux qui le faisaient mourir. Ces exigences qui sont apparemment «impossibles à vivre», viennent de celui qui pardonne à ses ennemis sur la croix : «Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font», de celui «qui fait lever son soleil sur la terre de l'athée persécuteur, comme sur le jardin des carmélites

«Vous avez entendu qu'il a été dit... Et moi, je vous dis.» «Je ne suis pas venu abolir la Loi mais l'accomplir». La Christ vient accomplir la Loi, il vient la rendre plus parfaite avec un amour plus grand.

Cette force de l’amour, nous la retrouvons chez plusieurs des disciples du Christ. Le pasteur Martin Luther King, parmi tant d’autres, a démontré dans sa vie la «force d'aimer» qui vient de la grâce de Dieu. Face au racisme impitoyable et barbare que subissait la communauté noire de son pays, il osait proclamer l'Évangile dans toute sa pureté : «Faites-nous ce que vous voulez, mais nous continuerons à vous aimer. Jetez-nous en prison, mais nous vous aimerons encore. Envoyez à minuit vos cagoulards perpétrer la violence dans nos communautés et nous laisser à demi-morts, nous vous aimerons encore.»

Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait

 

 

Source des images: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;