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Réflexion sur l'évangile du Sixième dimanche du Temps de l'Église, A

Par le Père Yvon-Michel Allard, s.v.d., directeur du Centre biblique des Missionnaires du Verbe Divin, Granby, QC, Canada.

 



 

 

Mt 5, 17-37

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait: «Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis: Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, par un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux.

«Je vous le dis en effet: Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux. Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens: Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu'un commet un meurtre, il en répondra au tribunal. Eh bien moi, je vous dis: Tout homme qui se met en colère contre son frère, en répondra au tribunal. Si quelqu'un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu'un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l'autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. Amen, je te le dis: tu n'en sortiras pas avant d'avoir payé jusqu'au dernier sou.

«Vous avez appris qu'il a été dit: Tu ne commettras pas d'adultère. Eh bien moi, je vous dis: Tout homme qui regarde une femme et la désire, a déjà commis l'adultère avec elle dans son coeur. Si ton oeil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi: car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi: car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne s'en aille pas dans la géhenne. «Il a été dit encore: Si quelqu'un renvoie sa femme, qu'il lui donne un acte de répudiation. Eh bien moi, je vous dis: Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d'union illégitime, la pousse à l'adultère; et si quelqu'un épouse une femme renvoyée, il est adultère. «Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens: Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t'acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c'est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi. Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Quand vous dites <oui>, que ce soit un <oui>, quand vous dites non>, que ce soit un <non>. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais.»

 

Sixième dimanche du Temps de l'Église - A

photo du Père Allard


Si votre justice ne surpasse pas celle des Pharisiens...

 

Après les Béatitudes, qui en sont l'introduction, le Sermon sur la montagne se poursuit pendant trois longs chapitres où Matthieu a groupé six antithèses entre la Loi de Moïse ("il a été dit jadis"), et la Loi de Jésus ("Eh bien, moi, je vous dis aujourd'hui..."). Nous lisons aujourd’hui les quatre premières, précédées d'une sorte de prologue qui en donne l'orientation générale. «Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.» Jésus n'est ni un révolutionnaire qui veut tout changer, pour repartir à zéro, ni un conservateur qui ne veut rien changer, comme si le passé était parfait en tout.

Il ne faut pas oublier que l'évangile de Matthieu s'adressait à des communautés chrétiennes venues du Judaïsme où la question de l’évolution et des changements était très présente.

Que fallait-il conserver des anciennes coutumes et des lois de Moïse?  Fallait-il continuer à circoncire les nouveaux chrétiens, puisque, maintenant, il y avait le baptême?  Fallait-il célébrer le sabbat puisqu’on avait le dimanche?  Fallait-il respecter les restrictions de l'alimentation casher?, etc.

L’offrande à l’autel est importante mais plus importante encore est la réconciliation avec ton frère ou ta soeur.

Le problème du changement, de l’évolution, de l’adaptation aux temps modernes, reste l'une des questions les plus épineuses de tous les temps. Elle provoque d’innombrables conflits entre ceux de la droite et ceux de la gauche, entre anciens et modernes, traditionalistes et progressistes, tenants du statut quo et adeptes du changement. Dans les périodes de mutation rapide, les conflits se multiplient. Cette tension se retrouve dans tous les secteurs de la population : en Église, en politique, en éducation, en famille.

Pour Jésus, il n'est pas question d'abolir complètement le passé, ni de le conserver tel qu’il est. Dans une sorte d'accomplissement, d'achèvement, il faut lui donner une vie nouvelle, afin d’aller toujours un peu plus loin. Ce n'est pas parce qu'une tradition est ancienne qu'elle est encore valable aujourd’hui.  Ce n'est pas parce qu'une idée est nouvelle qu'elle est meilleure que celle du passé.

Du texte d’aujourd’hui, il faut retenir deux passages importants :

Le premier indique le désir de Jésus «d’accomplir» les promesses de l’Ancien Testament : «Ne croyez pas que je sois venu abolir la loi et les prophètes. Non, je suis venu pour les accomplir». Jésus veut améliorer, compléter, parfaire.

Le second nous invite à surpasser la justice des scribes et des pharisiens. Chacune des antithèses nous pousse à aller plus loin, comme par exemple celle de l’offrande à l’autel : «Lorsque tu apportes ton offrande à l’autel et que tu te souviens que ton frère ou ta soeur a quelque chose contre toi, laisse-là ton offrande, va d’abord te réconcilier avec ton frère ou ta soeur et reviens présenter ton offrande.» L’offrande à l’autel est importante mais plus importante encore est la réconciliation avec ton frère ou ta soeur.

Il s’agit donc d’une morale qui n'abolit pas la Loi et les Prophètes mais qui la rend plus parfaite : «Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux

Le Christ nous invite ce matin à améliorer notre façon de faire, en prenant exemple sur notre Père céleste :

Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

 

 

 

 

Source des images: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;